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L’investissement en construction en France et ses spécificités

 

Les graphiques ci-dessous présentent les évolutions depuis 1970 de l’investissement privé (c’est-à-dire hors administrations publiques) en France, sous différentes formes. Au sein de l’investissement (en comptabilité nationale, nommée Formation Brute de Capital Fixe ou FBCF), nous distinguons le poste Construction de l’ensemble des autres postes. Ces évolutions permettent de mettre en avance plusieurs spécificités de l’investissement en construction en France.

 

 

On peut tirer quelques conclusions de ces graphiques :

 

1. En euros constants, c’est-à-dire en tenant compte aussi bien de la variation des prix que de la variation des quantités produites, l’investissement en construction ne présente pas de tendance à la hausse depuis 1970 à la différence de l’investissement hors construction dont l’augmentation tendancielle importante[1] se répercute sur l’investissement total. La population a pourtant augmenté de près de quinze millions de personnes sur la même période, et le parc de logements de dix millions d’unités depuis trente ans ![2] 


 

2. Le Produit Intérieur Brut ayant progressé en moyenne d’un peu plus de 2% par an depuis 1970, la part de l’investissement en construction dans le PIB a reculé petit à petit, bien que de façon non-monotone. Si l’on compare les pics pré-récession de l’année 1980 et de l’année 2008 pour éliminer les effets conjoncturels[3], l’investissement en construction passe de plus de 11 points de PIB à moins de 9. Ce recul est peu ou pas sensible lorsque l’on considère l’investissement dans son ensemble. Les modélisations imposant à long terme une part constante dans le PIB[4] sont donc plus adaptées pour l’investissement total que pour celui en construction.


 

3. C’est dans le partage prix-quantités que les évolutions en valeur de l’investissement en construction se démarquent très largement de celles de l’investissement hors construction. Hors construction, l’investissement se caractérise par une hausse importante des quantités et une baisse des prix relatifs (prix exprimés en termes de biens de consommation). Cette évolution jointe, qui suggère une amélioration tendancielle de la productivité dans le secteur des biens d’équipements, est à l’origine d’une littérature sur le progrès technique spécifique à l’investissement (à la suite des travaux de Greenwood, Hercowitz & Krusell[5]). Au contraire, l’investissement en construction ne présente de tendance ni à la hausse des volumes ni à la baisse des prix. Cette spécificité suggère que les déterminants de l’investissement en construction et hors construction diffèrent drastiquement. Il est intéressant de noter qu’une analyse des valeurs masque très largement cette spécificité, les évolutions contraires des prix et des quantités dans les deux secteurs se compensant très largement.

 

[1] D’un facteur cinq pour l’investissement hors construction.

[2] Arnold, Céline (2017), Le parc de logements en France au 1ᵉʳ janvier 2017, INSEE Focus numéro 103.

[3] En matière d’investissement total, les parts dans le PIB lors des deux périodes coïncident à moins d’un demi-point près.

[4] La dernière version de MESANGE (‘Le modèle macro-économétrique Mésange : réestimation et nouveautés’, Document de travail de la DG Trésor 2017/04), par exemple, retient une relation de long terme entre investissement et revenu disponible des ménages.

[5] Greenwood, Jeremy, Hercowitz, Zvi and Krusell, Per, (1997), Long-Run Implications of Investment-Specific Technological Change, American Economic Review, 87, issue 3, p. 342-62.